9h
Depuis la semaine dernière et plus particulièrement, depuis jeudi, j’attends que mon père vienne à moi, physiquement cette fois…
Aujourd’hui, je sais qu’il en a la possibilité, qu’il n’est pas loin de mon boulot, puisqu’il rend visite à sa sœur…et à vo d’oiseau, il doit être à 1km…
Je me suis préparée comme pour une première rencontre amoureuse…
Cheveux propres (alors qu’ils l’étaient déjà…)
Maquillage discret (mascara, blush)
Et habits comme d’hab (veste de costume noire rayée blanche (suis pas Italienne pour rien…), t shirt en « V » noir et pantalon noir…histoire qu’il me voit « comme au boulot »…
Je suis fébrile, pleine de stress et j’ai envie que ce soit fait, qu’il soit déjà passé…il me manque, je ne supporte que très difficilement d’être en « attente »…je n’arrive pas à gérer…
Je me raisonne, je ne fais que ça, j’essaie de ne pas surveiller la porte, mais à force de « ne pas penser » à lui, je ne fais que cela…
Du coup, je fais conneries sur conneries, et ça ralentit mon travail… j’ai la tête en l’air l’esprit ailleurs, et les yeux qui fixent la porte d’entrée…
Je me dis que je ne vais jamais tenir et qu’il a intérêt à venir ou je vais mourir…
10h
Toujours rien et je ne vais arriver qu’à me dévisser la tête à force de guetter tous les clients qui rentrent en magasin…
Toujours rien, et je ne vais bientôt plus rien trouver pour m’occuper l’esprit, tellement je bosse pour oublier…
Toujours rien, et je commence à désespérer…
Toujours rie, et je fais boulettes sur boulettes dans mes chiffres de fin de moi… (ça promet pour les salaires à suivre !!!)
11h25
Il a fini par arriver…et il est déjà reparti…
Impossible de dire combien il est resté, mais pas assez longtemps, ça c’est une certitude…
« Mon cœur est grand, mon cœur est rempli d’amouuuuuurrr… »… je me prends pour Benigni à la remise de la Palme d’or… j’ai tellement attendu que j’ai hâte de « redescendre »…pour me calmer un peu…et reprendre mes esprits.
J’ai l’intérieur de ma poitrine qui tape tellement fort…
J’ai bien sur remarqué son alliance, je ne suis donc pas la seule femme à porter son nom, mais je suis au moins sa seule fille et j’ai son sang…je suis sa fille unique, et il est mon « vrai » papa… pas de concurrence entre la « sorcière » et moi…
Je suis ravie qu’il soit venu, j’ai attendu toute la matinée, j’ai passé une nuit de merde à y penser…
Je suis fière de lui, qu’il ait eu ce courage, je le trouve magnifique… je l’aime fort…
Je ne peux appeler personne, je serais bien incapable de retenir mes larmes…trop d’émotions contenues… des mots d’amour qui sont sortis tous seuls…et envie qu’il soit encore là…
J’essaierai d’appeler ma mère quand je me sentirai « tranquille », mais devant lui, j’ai tenu bon, pas de larmes… (Pas son cas !!!… il m’a reproché en riant de le faire pleurer, et j’ai vu qu’il essuyait discrètement quelques larmes…)
Mon petit papa…
Effectivement, il y a quelque chose d’inexplicable qui me lie à lui… moi qui ne connaissait pas cette relation « magique »…
Un élan du cœur, un amour immense…une impression qu’il me comprend, que je le comprends…
Je suis aussi grande que lui, moi qui le voyais comme un géant… j’ai récupéré ses yeux, sa gentillesse, son émotivité, sa timidité et sa stature… et j’aime lui ressembler…
Mon dieu que ça fait du bien, de le serrer, de le toucher, de reprendre un contact tactile, de se laisser prendre par le bras, s’embrasser, se faire embrasser, rire et entendre ce petit rire que j’ai aussi…
Je l’ai beaucoup rassuré, je voulais le mettre à l’aise…je veux qu’il ait envie de revenir, qu’il soit content de me voir, et surtout qu’il se sente bien avec moi…
Il m’a confié qu’il était content…
- d’avoir repris contact de la « bonne façon » (il ne savait pas dans quel état d’esprit j’étais par rapport à lui…)
- qu’il allait repasser me voir
- que maintenant qu’il savait ou j’étais, il passerait souvent (et il est prévenu que je vais le présenter à mes collègues et mon Boss, avec fierté…)
- que j’étais « bien mignonne » (ce terme dit par n’importe qui d’autre m’aurait fait bondir, et je lui aurai sauté à la gorge, mais là, je l’écris avec délice…et je ressens encore ses mains sur mon bras et sur mes épaules…)
- que « ça faisait longtemps » qu’il ne m’avait pas serré dans ses bras
Et surement d’autres choses que j’ai oubliées mais qui vont revenir petit à petit…
Je lui ai redis…
- que je voulais le voir, maintenant, que je n’allais plus le lâcher
- qu’il pouvait passer quand il voulait au boulot, pour quoique ce soit, qu’il était chez lui
- que je le trouvais beau, tout bien habillé
- que j’ai ses yeux et son nom… que j’en suis fière
- que j’étais heureuse de le voir, et très fier de lui, et que je voulais le montrer à tout le monde
- qu’on se ressemble, et que ça on ne peut rien nier…
- qu’il n’a qu’à m’appeler s’il a besoin, ou envie qu’on se voit (pour quoique ce soit : shopping, manger ensemble ou se voir…)
- que maintenant, j’aurais enfin quelqu’un à mon bras, qui pourra m’amener à l’autel, si un jour…
Que du bonheur…de l’amour, du vrai, sans aucune arrière pensée…
12h
Boss me demande d’aller manger avec lui, et j’avoue que je souriais béatement parfois… pas de ce qu’il racontait (super pas intéressant), mais je me disais que tellement de choses se sont passées…
J’étais sur mon nuage… je pensais à ce matin…
15h15
Retour du resto (on a un peu abusé, mais j’étais avec Boss, j’avais une excuse !)
15h45
Ma mère m’appelle pour prendre de mes nouvelles (je suis encore bien malade, je n’arrive pas à me défaire de cette toux et de ce mal de gorge…) et pour me remercier de mes conseils (elle s’est « encore » engueulée avec son ami l’autre jour, et je l’ai aidé à éviter la rupture..), et je lui lâche la phrase…
« il est venu… » et elle comprend immédiatement…
Je lui raconte rapidos la visite de ce matin…
Elle sait ce que ça représente pour moi, elle partage et comprend tout à fait mon émotion…
Je vais pouvoir continuer à bosser…
En ce moment, certains vendeurs sont convoqués à la médecine du travail (tous les 2 ans pour eux, tous les ans pour moi, travail sur écran oblige…)
Et ce matin, la pauvre doctoresse qui ausculte a réussi à m’en traumatiser un…
Il est revenu perplexe…
En fait, il a pris un peu de poids en 2 ans (
Et la femme lui dit :
« il ne faut pas prendre du poids, après ça fait mal au dos … pour
- oui, mais
«ah… vous devez être un « bon vivant », vous… »
Il me raconte ça et effectivement, pour elle, ce terme de « bon vivant » est un « vrai » reproche (même pas une tentative de rigoler un coup, un terme qui doit la dégouter même rien de d’y penser…et en lui lançant ça, elle pensait peut être le culpabiliser…mais ça l’a juste interpellé !!)
Faut dire que la pauvrette, c’est le sosie de Françoise Ha**y (mais sans les cheveux blancs, elle, a succombé à la coloration « brun-roux-déprimant », et on a qu’une envie quand on la voit, c’est de lui donner à manger avec un entonnoir, histoire qu’elle prenne un peu des joues, des seins, du cul, et que ses os arrêtent de nous sauter aux yeux…
On essaye tous, aussi, de lui sortir une blaguounette pour la faire sourire (même « sourire », ça nous suffirait…on n’espère même pas qu’un rire sorte de son corps décharné !!!), mais rien n’y fait…
Alors on se moque d’elle en l’imaginant en train de manger sa pauvre salade (sans sauce, malheureux), accompagnée d’une biscotte (sans sel, la biscotte) pour finir avec un pauvre yaourt nature… en pinçant des lèvres…et en faisant des manières de ne pas y toucher…
Oh et puis, non, pas une salade (trop « colorée », trop « gaie »… pas assez « triste »…), plutôt un sale potage de merde… et son yaourt… sur sa pauvre table de cuisine, à la bougie… seule (qui voudrait d’une femme aussi triste et peu attirante qu’elle ?)
Parce qu’avec elle, la vie doit être fade, triste et terne, chiante et pleine de culpabilité… à mourir d’ennui et à finir desséchée, recroquevillée et rabougrie… comme elle… parce que tout ce qu’elle propose est « sans »… sans « excès », sans « joie », sans « plaisir(s) », sans « amour »…mais « pleine » d’interdits…
Elle est « sans »…, sans « rien »… et moi, sa vie et son allure, ben je ne l’envie pas…
Je vais laisser la pluie, la grisaille, le froid et les gens ronchons derrière moi, et ce we, je vais aller faire un tour par ici…
Bon, en fait, à la base, pas le choix…, histoire de « famille » pour samedi soir et dimanche matin, et du coup, histoire de « bon temps » pour le reste du dimanche et le lundi…puis retour ce même lundi dans la journée (1er lundi sans dentiste, ça se fête !) et reprise du boulot mardi…
Je suis plutôt contente, même si j’aimerais que ce soir, cette nuit et demain matin soient déjà passés …
Mais faut pas abuser… je pars tout à l’heure vers 17h (merci Boss, t’es bien cool comme mec !) et je suis attendue pour manger… et ensuite, le lendemain, je connais mon programme : je « profite » !!!!!
Demain, à moi le soleil, la dolce vita, les doigts de pieds en éventail et l’esprit en vacances !
Tout le monde va à la neige ou rêve d’y aller ? Je fais le contraire !!!
On va se retrouver à plusieurs, (y compris le gars du « projet » qui y « descend » aujourd’hui à 15h, lui…) et je sais que ça devrait bien se passer…parce qu’on n’ pas l’esprit à se prendre la tête… on est plutôt cool…
Il parait qu’il fait beau (et apparemment, il fait 25° au moment ou j’écris ces lignes…)
Il parait que la mer est belle (je n’attends que de le vérifier…)
Il parait que la vie y est plus douce…(pour moi qui n’y habite pas, bien sur que j’y crois !!!)
Je sais que ça va me faire du bien…
Je sais que j’en ai besoin…